Le 21 octobre 2026, devant la commission des affaires sociales du Sénat, Guillaume Couillard, directeur délégué de la Caisse nationale de l’assurance maladie (Cnam), a soutenu que la maîtrise des tarifs et des volumes de soins devait s’accompagner d’un effort de prévention. Son objectif : contenir le poids des dépenses de l’assurance maladie dans le produit intérieur brut (PIB), face à la progression des maladies chroniques.

Un gain de 10 milliards envisagé pour 2030

Selon les projections présentées lors de l’audition, une régulation comparable à celle pratiquée entre 2015 et 2019 permettrait d’économiser environ 15 milliards d’euros à l’horizon 2030. Ce levier ne suffirait pas à stabiliser la part des dépenses dans le PIB. Une prévention efficace pourrait apporter un gain supplémentaire d’environ 10 milliards d’euros, estime Guillaume Couillard.

Ces montants décrivent des scénarios, avec un résultat attendu à cette échéance. Ils ne correspondent pas à des économies déjà réalisées. La stratégie exposée par la Cnam vise à ralentir la progression des maladies chroniques et de leur cumul chez une même personne. Elle prolonge le rapport Charges et Produits présenté le 2 juillet 2026, qui associe prévention, amélioration des parcours et pertinence des soins.

Vaccination, alimentation et dépistage

L’un des leviers concerne les occasions de vaccination à l’hôpital et en établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad). Dans sa version déposée le 1er octobre, l’article 27 du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2027 prévoit notamment un financement distinct pour certains vaccins administrés en établissement. Les produits concernés doivent figurer sur des listes fixées par arrêté ; le dispositif prévu pour les Ehpad vise ceux disposant d’une pharmacie à usage intérieur.

Sur l’alimentation, la Cnam propose de rendre obligatoire le Nutri-Score sur les aliments emballés et d’ajouter une information sur leur caractère ultra-transformé. Elle invoque les travaux conduits avec l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) pour appuyer ce choix. Il s’agit de préconisations de l’Assurance maladie.

Le dépistage constitue un autre volet. Guillaume Couillard a décrit des appels téléphoniques destinés aux personnes éloignées des soins, pour lesquelles une invitation par courrier ne suffit pas. L’enjeu est aussi de permettre aux dispositifs existants d’atteindre leurs destinataires.

Les économies et l’accès aux soins en débat

Le choix des économies soulève parallèlement une question d’accès aux soins. Dans un communiqué du 7 octobre, France Assos Santé salue la mesure envisagée sur les produits transformés sucrés, mais critique les baisses de remboursement et les transferts de dépenses vers les complémentaires prévus dans le budget. La fédération d’associations d’usagers redoute une hausse des cotisations et du renoncement aux soins. Cette prise de position porte sur la trajectoire budgétaire, sans remettre en cause le principe de la prévention.

Un projet de budget rejeté en première lecture

Depuis l’audition, la procédure a évolué : le 23 octobre 2026, les députés ont rejeté la partie recettes du PLFSS par 115 voix contre 1, avec 22 abstentions. Le dossier officiel de l’Assemblée nationale constate le rejet du projet en première lecture. Au 24 octobre, les dispositions de prévention proposées dans ce texte restent donc soumises à la poursuite de la procédure parlementaire.