Le 20 octobre 2026, le président du Conseil européen, António Costa, et la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, ont contesté la ratification par le Parlement libyen du mémorandum maritime conclu avec la Turquie en 2019. Leur déclaration commune réaffirme le soutien de l’Union européenne à la Grèce et à Chypre, dont les droits en Méditerranée sont au cœur du désaccord.
À Benghazi, la Chambre des représentants a approuvé le texte à l’unanimité, rapporte l’agence libyenne LANA en citant son porte-parole, Abdullah Bliheg. Elle a aussi abrogé deux décisions de 2020 : l’une rejetait la ratification des mémorandums conclus avec Ankara, l’autre rompait les relations politiques avec la Turquie. Le vote marque ainsi un changement de position de cette assemblée.
Un accord de 2019 sur les espaces maritimes
Le mémorandum a été signé à Istanbul le 27 novembre 2019 entre la Turquie et le gouvernement d’entente nationale libyen de l’époque. Il fixe des limites du plateau continental et de la zone économique exclusive entre les deux parties. Son article IV prévoit notamment la possibilité de coopérer pour exploiter des ressources naturelles qui s’étendraient d’une zone à l’autre.
La fiche du Recueil des traités des Nations unies indique une entrée en vigueur par notification le 8 décembre 2019 et un enregistrement par la Turquie le 11 décembre suivant. Le vote d’octobre 2026 intervient donc plusieurs années après les dates inscrites dans ce registre.
Les droits des îles grecques au centre du conflit
Pour Athènes, la délimitation proposée ignore les îles grecques et les espaces maritimes auxquels elles ont droit. Dans son communiqué du 20 octobre, le ministère grec des Affaires étrangères soutient que les côtes turques et libyennes ne sont ni opposées ni adjacentes de manière à permettre cette délimitation. Il annonce avoir informé ses partenaires et entend défendre les droits souverains de la Grèce.
Ankara avance une lecture contraire. Le ministère turc des Affaires étrangères a salué le vote dès le 20 octobre et affirmé que l’accord protège les intérêts des deux pays conformément au droit international et au principe d’équité. Le lendemain, Hakan Fidan a expliqué à Anadolu que, du point de vue turc, le mémorandum était déjà valable depuis 2019 et que le vote constituait essentiellement une acceptation.
Une opposition européenne confirmée le 21 octobre
La déclaration de la haute représentante au nom de l’UE, publiée le 21 octobre, date expressément la ratification du 20 octobre 2026. Elle rappelle la position européenne formulée en décembre 2019 et réaffirmée en juin 2025 : selon l’Union, le mémorandum porte atteinte aux droits souverains d’États tiers, contrevient au droit de la mer et ne peut produire de conséquences juridiques pour ces États.
La discussion diplomatique s’est poursuivie. Le 23 octobre à Istanbul, Hakan Fidan a proposé que la Turquie, l’Italie et l’Égypte échangent sur les préoccupations égyptiennes et libyennes, selon une dépêche AFP publiée le 24 octobre par Arab News. Il a également évoqué des perspectives de rapprochement entre les autorités rivales de l’est et de l’ouest libyens. Ces déclarations restent des propositions et des perspectives, tandis que les gouvernements concernés défendent des interprétations opposées de la délimitation maritime.
